10 choses à ne pas dire à votre adolescent

10 choses à ne pas dire à votre adolescent

L’adolescence est une période sensible où le moindre mot peut être mal interprété. Conseils de pro pour préserver le dialogue avec votre ado.

Susceptible, l’adolescent ? « Il serait plus juste de dire « sensible », souligne Nathalie Laugier, coach en développement personnel et experte dans les liens familiaux.

Les recherches sur le cerveau le démontrent : à cet âge, la capacité de gestion des émotions n’est pas encore achevée. Face au changement physique et identitaire qu’il traverse, l’adolescent tâtonne, se cherche et intériorise beaucoup de choses. « Toute la complexité est là, note la thérapeute. Parfois, on a l’impression que ce qu’on peut dire ne l’atteint pas. Or, les apparences sont très trompeuses. L’adolescent a l’art de cacher son malaise. Alors qu’on le pense très dur, il peut au contraire se révéler intérieurement très fragile. D’où la nécessité de prendre des pincettes quand on lui dit les choses ».

Entre parents et enfants, les discussions sont parfois houleuses. A fleur de peau, l’adolescent part au quart de tour. En particulier quand on aborde des sujets qui le touchent : ses résultats scolaires, sa vie amoureuse, ses fréquentations, son temps passé sur les écrans… en clair, tout ce qui se relève de son jardin secret. Alors qu’on cherche à lui faire passer un message, lui se refuse – semble-t-il – à entendre. Le dialogue devient difficile.

Tension, colère, frustration et incompréhensions nous amènent à employer des mots maladroits, directifs, qui dépassent parfois notre pensée. « L’adolescent déteste tout particulièrement qu’on lui fasse la morale et qu’on se place en donneur de leçons, insiste Nathalie Laugier. Il est dans une quête d’autonomie, de liberté : se voir infantilisé, jugé, lui est insupportable ». 

Pour retrouver des échanges harmonieux, vous devez ainsi vous repositionner : ne plus finir ses phrases ou intervenir pour lui, apprendre à l’écouter davantage, mais surtout faire preuve de tact. « Pour mieux se comprendre, il faut essayer de se mettre à sa hauteur, le laisser aller au bout de ses idées, conseille la coach. Et quand vraiment on a des choses à dire, ne pas répondre du tac au tac mais s’imposer une réflexion préalable. Réfléchir à comment on pourrait formuler les choses autrement, sans le froisser, mais en étant sûr qu’il comprenne et qu’il saisisse qu’on cherche avant tout à le préserver. Parfois, on peut être surpris car l’ado trouve de lui-même les mots pour nous rassurer ».

Tour d’horizon des phrases à éviter…

 « A ton âge… »

Cette réflexion, qui nous vient très facilement, a le don d’énerver nos ados. Si cette phrase ne passe pas, c’est parce qu’elle traduit une certaine supériorité de notre part : « Tu dois m’écouter, parce que j’ai vécu et je sais tout mieux que toi ». Très sensibles à l’injustice, les adolescents se rebellent parce qu’ils ont bien conscience du changement qui s’est opéré entre notre époque et la leur. Bien souvent, nous leur demandons de respecter des principes qui leur paraissent dépassés et auxquels ils ne peuvent pas toujours se conformer. « Le monde dans lequel ils évoluent aujourd’hui n’a rien à voir avec celui dans lequel nous avons été, nous, adolescents, à commencer par l’usage des nouvelles technologies qui modifient tout. Notre vision des choses est faussée ! », martèle la spécialiste.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Ne cherchez pas à comparer ce qui n’est pas comparable. Racontez simplement l’exemple de votre jeunesse et tournez cela en dérision : « Quand je pense que j’ai dû attendre tel âge pour avoir un téléphone portable et que je devais utiliser une cabine téléphonique pour appeler mes parents ! ».

« Une de perdue, dix de retrouvé(e)s »

Vous lui demandez d’ accepter sa rupture amoureuse et de passer à autre chose, alors qu’il est en plein processus de deuil, incapable, pour le moment, de se projeter plus loin. « Même si cette réflexion part d’un bon sentiment (vous souhaitez le pousser à être plus fort, plus solide, face aux difficultés de la vie), elle nie sa peine et donne par ailleurs l’impression que vous n’êtes pas touché », livre la spécialiste. Votre enfant, de son côté, a besoin que vous soyez dans le soutien et l’empathie : vous voir vous associer à son chagrin lui ferait au contraire du bien.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Dites plutôt « Je comprends que ce soit difficile, il va sûrement te falloir quelques jours pour l’accepter. Je suis triste/déçu(e) pour toi. Tu peux compter sur moi dans ce moment compliqué et m’en parler quand tu le souhaites ». Respectez sa peine, accordez-lui du temps pour digérer ce qui est une épreuve pour lui.

« On ne peut pas te faire confiance »

Vous exprimez votre déception face à une trahison, mais là encore, il s’agit d’une généralisation qui stigmatise l’enfant et son comportement. Cette phrase lui donne à penser qu’il ne sera jamais fiable et que jamais il ne pourra récupérer votre confiance. « Elle engendre de la déception vis-à-vis de lui-même, mais aussi de la culpabilité et du découragement », ajoute la coach.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Différenciez le comportement de votre enfant de ce qu’il est vraiment. La confiance a posé problème dans un contexte précis, mais cela ne veut pas dire qu’il en sera toujours ainsi ! Dites plutôt : « La confiance que je t’accordais a été mise à mal depuis cet incident, mais je ne demande qu’à ce que tu me prouves le contraire ». Posez un cadre clair pour les prochaines sorties, en lui posant auparavant des questions précises (QQOQCP : Quoi ? Qui ? Où ? Avec qui ? Comment ? Pourquoi ?).

« Tu es trop jeune pour comprendre, on en reparlera quand tu seras adulte »

En énonçant cette phrase, vous coupez court à la communication. Une fois de plus, cela revient à le rabaisser et à imposer votre autorité. « De manière implicite, on lui signifie qu’il ne sait rien et que son avis ne compte pas, analyse la spécialiste. Or, du haut de ses 15 ans, il connaît son monde. Il a besoin (et en a le droit !) de s’exprimer maintenant sur ce qu’il est en train de vivre ». Prenez conscience que personne n’a tort ou raison. Prenez du recul et ne l’enfermez pas dans vos croyances limitantes. L’enfant de 15 ans ne définit pas l’adulte de demain.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Dites plutôt « Tu verras, peut-être changeras-tu d’avis plus tard si tu es en couple, si tu as des enfants, selon ton métier. Tu auras peut-être envie d’en reparler à ce moment ». Vous pouvez aussi lui demander pourquoi il a cette opinion bien arrêtée sur la question, comment il peut la justifier. Questionnez-le pour éveiller son esprit critique !

« Dans la vie, on n’a rien sans rien »

A travers cette phrase, vous véhiculez l’idée que la vie est une jungle. Mais aussi que travailler est forcément difficile, dur et désagréable. Ce faisant, vous l’empêchez d’aller naturellement vers ce qu’il aime. Or, il est bon d’envisager un travail-passion et l’on peut réussir tout en étant dans le plaisir ! « Le faire à faire passer est qu’il faut repousser ses limites et sortir de sa zone de confort pour atteindre un objectif. Mais cela ne veut pas dire qu’il devra forcément « en baver » pour parvenir à ses fins », clarifie Nathalie Laugier.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Dites plutôt : « C’est difficile pour toi, aujourd’hui, et cela te demande des efforts mais tu es capable d’y arriver, tu peux le faire ! », ou encore « De quoi as-tu besoin pour franchir cette nouvelle étape sans la “ subir ” ? ». Utilisez plutôt la citation « Dans la vie, rien ne se perd, tout se transforme » qui a une connotation plus positive et motivante. Expliquez-lui qu’il peut travailler et se donner à fond, tout en étant dans la joie, la découverte et l’enthousiasme. Aidez-le à se réorganiser si besoin ou à demander de l’aide pour parvenir plus facilement au résultat souhaité. Interrogez-vous enfin sur votre propre vision du monde du travail : retravaillez vos croyances pour éviter de reporter la pression que vous subissez / vous imposez sur vos enfants.

« Tu ne vas jamais y arriver, tu n’as pas le niveau »

Cette phrase, extrêmement dévalorisante, a valeur de projection négative et le place dans un échec annoncé. « Elle remet en cause sa valeur, sa confiance et impacte l’image, mais aussi l’estime qu’il a de lui-même », déplore la spécialiste. Dans sa tête, résonne une petite voix : « Comment puis-je croire en moi, si mes parents, eux-mêmes, n’y croient pas ? », qui pourrait le suivre longtemps, si vous n’y prenez pas garde.

Le conseil de Nathalie Laugier pour le dire autrement : Dites plutôt : « C’est peut-être encore difficile pour toi, mais tu fais du mieux que tu peux et tu y arriveras demain ! ». Enlevez un poids aux difficultés et demeurez positif. Laissez-lui la chance de vous prouver qu’il peut se reprendre s’il en a la volonté. Valorisez par ailleurs les matières ou domaines dans lesquels il se débrouille bien… Lire la suite sur doctissimo.fr